Lire en vacances : quelques plaisirs de l’été

Les vacances sont souvent un bon moment pour se vider la tête ou, au contraire, se lancer des petits défis de lecture. J’ai privilégié la deuxième option.

Fragments :

 

Lu dans l’avion

En attendant Eden d’Eliot Ackerman (Gallmeister)

 

J’attendais son arrivée depuis plusieurs mois en librairie et je l’ai commencé 10 jours après le décès de Vincent Lambert, un homme plongé dans le coma qui a fait l’objet d’une affaire politico-judiciaire d’une décennie. Un livre très touchant sur l’amour après l’accident, la douleur, la fin de vie souhaitée. En quelques mots, Eden part combattre en Afghanistan mais il est très gravement brûlé sur 90 % de son corps. Ses chances de survie sont infinitésimales mais la vie ne cède pas. Les années passent et son épouse Mary continue de le voir, chaque jour, au grand dam de sa propre mère et de sa fille. L’infirmier découvre que Eden essaie de communiquer mais à quel moment les volontés doivent-elles être respectées? Le livre nous place à plusieurs reprises devant des dilemmes, nous poussant à nous interroger sur ce que nous voudrions, ou nous ferions. Une lecture emprunte d’humanité que je recommande, peut-être pas sur une plage, mais très certainement dans un canapé pas trop loin de ceux qu’on aime, pour entamer la discussion.

 

Lu en Bretagne

The Farm de Joanne Ramos (Random House)

 

Lire dans une autre langue que la sienne, c’est agréable et gratifiant mais c’est long. Très long, même quand on a étudié et vécu en anglais pendant plusieurs années. Devant mes achats plus fréquents et compulsifs qu’autrefois en librairie, je dois avouer que la perspective de lire un roman ou un essai en anglais me décourage un peu car je sais que je vais finir par m’impatienter de passer tant de temps à lire un livre alors qu’une centaine d’autres m’attendent. Ce raisonnement puéril et idiot me prive de nombreuses lectures fort intéressantes, ce qui est dommage compte tenu du fait que certains excellents livres ne sont jamais traduits ou fort tardivement.

Bref, j’ai acheté ce livre à l’aéroport (j’ai le même rituel depuis que j’habite au Canada, j’achète systématiquement un livre à l’aéroport en attendant mon vol vers la France) mais j’en avais entendu parler vaguement comme d’une version légère de la Servante écarlate de Margart Atwood. Bien honnêtement, je trouve la comparaison flatteuse pour Ramos mais maladroite car si on considère que chaque roman où les femmes sont à l’avant-plan sont des héritières de la grande dame de la littérature canadienne, et bien il y en aura des clones d’Atwood au cours des prochaines décennies!

L’époque de ce roman n’est pas mentionné mais Ramos raconte l’histoire d’une entreprise qui a développé une activité de « club med » de mères porteuses, majoritairement des femmes pauvres issues de l’immigration enceintes par FIV de riches millionnaires ne souhaitant pas porter eux-mêmes leur enfant. Jane, une immigrée philippine y entre donc, sur les recommandations de sa cousine Ate, pour faire un peu d’argent et offrir une vie meilleure à son bébé. Elle passera les 8 mois avec Reagan et Lisa, les deux seules Américaines également mères porteuses, et une vingtaine d’autres femmes à suivre leur grossesse de façon extrêmement contrôlée, sous la direction de Mae elle-même une gestionnaire ambitieuse issue d’un mariage mixte. Quelques rebondissements auront lieu au cours du roman mais celui-ci soulève plusieurs questions importantes sur les perspectives de vie des immigrantes issues de pays pauvres, ou ce qui constitue l’acte d’enfanter. À ma grande surprise, le livre se lit bien et relativement rapidement pour une lectrice dont l’anglais était un peu rouillé. Je crois que la traduction n’est pas encore disponible mais figurant sur les listes des lectures de plusieurs grands quotidiens américains, les droits ont dû être achetés. Le livre devrait connaître ici aussi un certain succès ici.

 

Lu ici et là

Les tranchées (2013) et Les retranchées (2019) de Fanny Britt (Atelier 10)

 

Fanny Britt est une (excellente) traductrice, ainsi qu’une autrice de romans et de pièce de théâtre de grand talent. Jusqu’en juin dernier, elle avait également une chronique que j’aimais beaucoup à mon émission fétiche Plus on est de fous, plus on lit à la première chaîne de Radio-Canada.

J’aimais bien l’écouter car ce qu’elle disait m’interpellait, un équilibre heureux de réflexion et de sensibilité, me laissant presque toujours sur une note émue. Je savais qu’elle avait publié il y a quelques semaines Les retranchées, comme une prolongation à son livre Les tranchéespublié en 2013, qui évoquait la maternité et ce qu’elle représente pour les femmes. Elle rappelait à juste titre que celle-ci est une expérience individuelle et qu’elle n’est pas toujours synonyme de bonheur car elle change toute la vie, pour toujours. Britt levait le voile sur sa propre expérience et interrogeait les femmes de son entourage sur la place de la maternité dans notre société, réflexions qu’elle poursuit sur la famille, sur un ton plus engagé, dans Les retranchées. À partir de fragments d’expériences, de souvenirs, de témoignages, ces deux livres font, en quelque sorte, le bilan (non exhaustif) de plusieurs réflexions qui traversent les courants féministes actuels. Je ne partage pas tous les éléments évoqués mais une fois de plus, le charme de Fanny a encore opéré, comme par magie.

 

En ce moment, je lis :

  • Exodus : immigration et multiculturalisme au XXIe siècle de Paul Collier (L’Artilleur)
  • La place et la tour : réseaux, hiérarchies et lutte pour le pouvoir de Niall Ferguson (Odile Jacob)
  • Les numéros d’été d’America (Le rêve américain) et XXI (la toute nouvelle mouture de ce fabuleux mook sort le 22 novembre)

 

Emportés en vacances (mais pas lus!)

  • Le sport des rois de C.E. Morgan (Gallimard)
  • Alexandria de Quentin Jardon (Gallimard)
  • Harteland de Sarah Smarsh (Scribner)
  • Les enfants du printemps de Wallce Thurman (Mémoire d’encrier)

 

 À la librairie du renard de Paimpol, j’en ai profité pour mettre la main sur :

  • La persuasion des femmes de Meg Wolitzer (rue Fromentin)
  • La saison des feux de Celeste Ng (Pocket)
  • Les belles de Halimunda d’Eka Kurniawan (Folio)

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