Lectures d’été du Castor

Douce saison estivale, propice au repos et aux lectures variées… Voici quelques titres qui ont retenu mon attention. Bonne lecture !

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Roman québécois 

L’évasion d’Arthur ou la Commune d’Hochelaga de Simon Leduc (Le Quartanier)

 

Hochelaga-Maisonneuve, un quartier de Montréal qui condense tout ce que l’homme de de beau et de laid en lui. C’est sale, ça gueule, ça pue, mais la 125 est l’une des rares lignes de bus où les gens se parlent. Pour de vrai. Le miséreux y côtoie le hipster, dans une relative paix sociale, parsemée parfois d’épisodes anti-embourgeoisement.

Dans Hochelaga, on fait la connaissance d’Arthur, un kid de 10 ans, un peu fuckédans la tête, qui a du mal à trouver sa place dans le système. Tiraillé entre ses deux parents, un ex-travailleuse sociale qui a bien de la misère à gérer ses propres angoisses et un père hoarderqui a bien du mal à se gérer tout court, Arthur le rêveur attend que le temps passe à l’école secondaire. Le reste du temps, il se balade dans les rues du quartier et prend possession d’une école désaffectée où il va tomber sur un homme étrange qui lui fait penser à Barbe bleue. Malgré leurs différences, une amitié singulière les lie et peu à peu, et cette école devient le lieu de vie des poqués du quartier qui choisissent d’unir leur destin dans cette commune. Tout ne se fait pas sans mal, ni quelques truculents rebondissements, à découvrir dans ce livre burlesque plein de vie, de sacres, de naïveté, agrémenté d’une bonne pincée de folie. Un premier roman très réussi, ode à la différence et à la tolérance qui prend une couleur toute particulière quand on connaît bien ce quartier si attachant.

 

 

 

Bande dessinée 

L’incroyable histoire du vin de Benoist Simmat et Daniel Casanave (Les Arènes)

 

Été rime avec rosé… Mais ça vient d’où le rosé au fait ? Vous le découvrirez bien vite en lisant cette passionnante bande dessinée qui relate les origines du vin, de la Géorgie à la France en passant par la Californie. En retraçant l’histoire du vin, les auteurs racontent également l’histoire du commerce international mais surtout l’apport inestimable de cette boisson si prisée sur nos civilisations, de l’Antiquité à nos jours. Fait intéressant, les auteurs n’oublient pas la Chine, la Perse, l’Inde et le monde arabo-musulman tout en évoquant les grands jalons de de l’histoire vinicole avec l’invention du tonneau, de la bouteille ou encore du champagne. Rassemblant une foule d’informations, cet ouvrage est facile et fort agréable à lire, avec ou sans verre de vin !

 

Roman étranger 

La capitale de Robert Menasse (Verdier)

 

Vous cherchez un livre intelligent, ironique et drôle sur l’Union européenne? Et bien voici La capitale, qui a reçu le prix du livre allemand en 2017 décerné à l’auteur autrichien Robert Menasse, assez peu connu dans nos contrées. Le prologue est le suivant : un cochon fait irruption sur la rue Sainte Catherine à Bruxelles semant stupeur et effroi parmi les protagonistes qui croiseront son chemin, alors qu’au même moment un meurtre est commis de sang froid dans un hôtel non loin. Cette scène absurde permettra de placer les nombreux personnages de ce roman atypique mais follement passionnant.

Menasse nous emmène dans les méandres de la Commission européenne en entremêlant les destins de ces personnages si typiques et parfois malmenés dans les médias que l’on peut croiser rue de la Loi : un enseignant en fin de vie, un professeur à la retraite qui pense saisir l’occasion de sa vie, un mercenaire catholique, un lobbyiste puissant à la tête d’une fédération de producteurs de porcs, un fonctionnaire désabusé, un inspecteur mis au placard, une directrice ambitieuse et un chef de cabinet froid et calculateur. Cette galerie de personnages aux mille nuances sont liés par un fil ténu mais bien présent : l’Union européenne. Les 448 pages de ce roman difficilement descriptible nous font réfléchir sur le rêve idéaliste qui a mené à la création des instances européennes, avec les dérives que nous lui connaissons aujourd’hui, mais dont il serait difficile de se passer pour la simple et bonne raison que nos démocraties, nos identités et nos vies quotidiennes y sont irrémédiablement unies. Avec son regard doux-amer sur un sujet très peu exploité en littérature, Menasse s’est inspiré avec succès de son prédécesseur et compatriote Robert Musil, dont L’homme sans qualités avait été salué comme l’un des grands romans européens. Pari réussi.

 

Livre de culture générale 

Histoires de l’alimentation de Jacques Attali (Fayard)

 

« Qui dort dîne », « avoir les yeux plus gros que le ventre », « l’appétit vient en mangeant »… Il existe une multitude d’expressions reliées à l’alimentation car celle-ci structure nos vies, et ce depuis plusieurs milliers d’années. Dans ce livre paru il y a quelques semaines, Jacques Attali, ex-conseiller stratégique de François Mitterrand et auteur d’une bonne vingtaine d’ouvrages sur tout un tas de sujets et ancien président d’une commission sur la libéralisation de la croissance économique française, dont le jeune rapporteur en 2008 était un certain Emmanuel Macron, se penche sur le passé, le présent et l’avenir de l’alimentation. Il rappelle habilement que l’alimentation est indissociable de la conversation puisque le changement de régime alimentaire a fait évoluer notre mâchoire et notre cerveau, ce qui nous a permis de parler, de cultiver et de nous développer. Les premiers chapitres constituent une synthèse simple et intéressante de nos habitudes alimentaires et de ce qu’elles représentent, de la préhistoire à nos jours. Ce tour d’horizon offre un éclairage sur ce qui nous semble désormais acquis.

Malheureusement, la deuxième partie du livre n’est pas à la hauteur de la première. Attali s’attaque aux grands groupes de l’industrie agroalimentaire avec force, sans les nuances nécessaires à la multitude d’enjeux complexes qu’il soulève. Au demeurant, ses constats ne sont pas inexacts mais les solutions qu’il préconise se révèlent trop souvent simplistes voire naïves et occultent les ramifications des problèmes qu’il dénonce. C’est un peu dommage car le livre perd en crédibilité mais c’est, somme toute, assez fréquent de la part des intellectuels généralistes.

 

Livre d’actualité   
No Fake : contre-histoire de notre quête d’authenticité (Arkhê)

 

Le mot à la mode depuis quelques années est « authenticité ». Mais ça veut dire quoi exactement? C’est sur cette question que se penche Jean-Laurent Cassely, déjà auteur d’un ouvrage sur une génération en quête de sens dans « La révolte des premiers de classe », toujours publié aux éditions Arkhê, et dont la chronique sur ce modeste blogue a suscité le plus grand nombre de lectures.

À partir d’observations, Cassely s’interroge sur « l’Hyper France » qui sévit depuis quelques années dans des lieux, notamment de restauration, qui se disent « authentiques » en raison du mobilier et/ou du décor choisis avec attention mais qui ne parlent en fait qu’aux hipsters. En effet, qui n’aime pas manger des plats d’autrefois « revisités » sur une table en bois avec des jolis éléments de décoration nous rappelant une époque « bénie »? Par qui ces lieux sont-ils fréquentés?

Étayant ses observations avec des thèses de sociologues plus construites, il décrit cette « Hyper France » comme une réaction à la « France moche » qui avait fait l’objet d’un célèbre article de Télérama en 2010. Cette « France moche » serait en fait l’expression de la « gueule de bois » qui a succédé aux frénésies consuméristes des Trente Glorieuses. Devant l’idée d’un progrès qui s’est arrêté net, les niveaux de vie ont brutalement cessé d’augmenter, mais sans freiner pour autant les envies de consommer. Une perte de sens a suivi, sentiment renforcé par une entrée accélérée dans le monde de l’information mais surtout de l’image, basé sur une technologie exponentielle. Ces courants et contre-courants sont le reflet de notre société actuelle, de plus en plus divisée entre ceux qui cherchent à vivre et ceux qui cherchent à vivre une expérience, aussi éphémère et artificielle soit-elle. Dans ce mini-essai parfois maladroit mais plutôt intéressant, l’auteur revient sur l’émergence de la première sous-culture moderne du XXIe siècle, le hipstérisme, difficilement classable en raison du manque d’assises intellectuelles et structurelles, qui peut être davantage considéré comme un authentique melting potde différentes modes que d’un véritable courant. Car qui sait, les fameux ronds-points proches des Leclerc ou les vieux Buffalo Grill de Trifouilly-les-Oies, deviendront peut-être les Brooklyn de 2060…

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