Dans le jardin de l’ogre de Leïla Slimani (Folio)

IMG_4605

 

Troisième et dernière chronique sur les différentes formes de l’addiction, après les trois ouvrages lus ces dernières semaines au gré du hasard. Maladie éprouvante, la dépendance est dure à combattre car elle est le symptôme d’un mal profond qui nous suit toute notre vie. Elle exige une discipline de tous les instants, infaillible, peu compatible avec la vie effrénée que nous menons, au péril de notre propre santé mentale. Elle requiert un entourage bienveillant et honnête et une sérieuse prise en main, et de nouvelles habitudes de vie durables axées sur le sport, le sommeil et a saine alimentation. Mais là encore, cela ne garantit pas la guérison comme le démontre l’émouvante bande dessinée Alcoolique de Dean Haspiel et Jonathan Ames lue l’an passé et qui m’avait beaucoup marquée. J’en reviens à Slimani dont je lisais la chronique dans le premier numéro de la nouvelle revue Zadig, qui m’a rappelée que je n’avais pas lu son premier roman, Dans le jardin de l’ogre. Et en allant faire mon pèlerinage hebdomadaire à la librairie du Square sur la rue St-Denis à Montréal, je suis tombée nez-à-nez sur celui-ciréédité chez Folio dans un magnifique écrin rouge et or.

 

Ce roman porte sur l’addiction sexuelle d’Adèle, une femme d’une trentaine d’années mariée à Richard. Adèle ne peut s’empêcher d’avoir des relations sexuelles avec les hommes qui croisent son chemin : collègues, patrons, amis d’amis, inconnus… Belle et mystérieuse, elle n’éprouve aucune difficulté à trouver des hommes pour assouvir ses pulsions, dont elle est l’esclave. Au prix d’une souffrance terrible pour cette jeune femme, rongée par la culpabilité et le dégoût de soi. Le désir est loin de ces étreintes éphémères, alors que le besoin se fait pressant. La situation dérape lorsque Richard a un grave accident de scooter, qui le rend invalide pour quelque temps. Il découvre alors la situation, qu’il tente de régler à sa façon.

 

Slimani décrit au fil des pages la misère affective dans laquelle se trouve Adèle, réduite à de sordides relations sexuelles, qui comblent fugacement un immense vide et son besoin d’être aimée et admirée. Adèle vit en quelque sorte dans un monde parallèle, prise en étau entre sa famille composée d’un mari peu affectueux et d’un enfant auquel elle n’arrive pas à s’attacher et sa vie sexuelle envahissante qui lui fait prendre de grands risques. Adèle n’a plus aucun contrôle sur sa vie et malgré les changements apportés, elle demeure soumise à ses pulsions. Toutefois, Richard ne souffre-t-il pas lui aussi d’une certaine forme d’addiction à l’image idéalisée du couple (très bancal) qu’il forme avec Adèle? Sera-t-elle capable de surmonter cette dépression? L’histoire ne le dira pas mais le roman nous fera dériver sur les grandes vagues de la tristesse et mal-être qui peuvent submerger un individu. Slimani a abordé ces enjeux avec un certain courage car la dépendance sexuelle est encore relativement taboue, et tout particulièrement chez une femme, qui peut être rapidement étiquetée comme une femme de petite vertu. Slimani nous montre avant tout la face sombre de la maladie, et de la souffrance qu’elle engendre dans un livre froid, à l’écriture fine et précise.

 

★★★★

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :