Le plongeur de Stéphane Larue (Quartanier)

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Le hasard fait qu’en quelques jours, j’ai lu trois livres dont le fil conducteur était celui de l’addiction, aux formes très hétéroclites. J’ai évoqué dans la dernière chronique celle des frères Lehman pour l’argent. Je ne parlais pas là d’une dépendance physique, non, mais bien de ce qui nous pousse à en vouloir toujours plus, loin des standards de consommation sobre et heureuse auxquels on nous exhorte, tout en nous inondant de publicités aux vertus exceptionnelles et aux chairs fermes et saines.

 

Le plongeur est, lui, un vrai livre sur l’addiction, celle de la dépendance au jeu, encore méconnue. Le personnage principal n’est jamais nommé, mais celui-ci étudie en graphisme au cégep du Vieux-Montréal, après avoir quitté le milieu familial aimant et sans histoires dans lequel il a grandi. Il découvre Montréal la nuit, ses bars de la rue Ontario, et ses machines à sous. La solitude aussi. Les économies passent dans les machines à sous. L’avance de 2000 $ sur un contrat d’illustration également. Il emprunte, vole un peu d’argent à ses amis. Ayant accumulé des dettes, il se résout à prendre un emploi de plongeur à La Trattoria, restaurant branché de l’avenue du Mont-Royal il y a quelques années. Plongeur, c’est l’emploi d’entrée sur le marché du travail. Aucune qualification requise à part savoir se servir de ses mains, dans un environnement sous pression.

 

Le narrateur découvre le tourbillon du coup de feu en cuisine, et la décharge d’adrénaline qu’elle lui procure. Il se lie d’amitié avec Bébert, l’indispensable aide-cuisinier haut en couleur qui le prend sous son aile. Le reste de l’équipe l’adopte lors des incontournables sorties suivant la fermeture du restaurant. Peu à peu, la cuisine devient sa routine, structurant sa vie, en l’éloignant ou en le ramenant parfois près des machines à sous. Toutefois, l’argent gagné, parfois aussitôt dépensé, ne suffit pas à rembourser les dettes et le narrateur décide d’explorer d’autres options.

 

Dans ce roman effervescent (impossible à lâcher!), le lecteur de l’histoire découvre la fin dès les premières pages, mais la grande valeur du livre n’est pas tant dans l’intrigue que dans l’engrenage de la dépendance dont il est difficile de se sortir. Lorsque l’on est dépendant, est-il possible de ne pas céder à ses pulsions? Est-il possible de ne pas céder à la culpabilité et à la perte d’estime qu’elles engendrent? Comment s’en sortir? La volonté individuelle est-elle suffisante ou a-t-on nécessairement besoin d’une main tendue? Dans ce formidable roman d’apprentissage, Stéphane Larue s’est imposé comme un auteur québécois dont le talent a été justement récompensé par le prix des libraires 2017. Je souhaite une belle vie à ce roman fidèle à la langue québécoise qui fera découvrir aux lectrices et lecteurs francophones les tréfonds des cuisines de l’âme.

 

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