Les frères Lehman de Stefano Massini (éditions Globe)

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Un livre impressionnant par sa taille (une vraie brique) et sa forme (un roman en vers libres)… Lu comme ça, cela ne donne pas tellement envie. J’étais un peu sceptique quand mes amis du club me l’ont chaudement recommandée en avril dernier. Et puis Éric s’est exclamé : « Gaëlle, toi qui t’intéresses à l’économie, tu vas ADORER! » On s’entend que je n’avais plus vraiment le choix. Alors un samedi soir, excédée de faire encore et encore des cartons à quelques jours de mon déménagement, je me suis plongée dans le livre. Les premières lignes, je me suis demandé ce que je foutais là, les premières pages faisant quelques références au judaïsme tel qu’il se pratiquait au XIXe siècle… Et puis, la musicalité des vers libres nous emportent dans un fol opéra lyrique qui se terminera dans une grande finale wagnérienne.

 

Stefano Massini nous raconte l’histoire des trois frères Lehman, dont l’aîné a monté un petit négoce en Alabama, devenu en quelques décennies, un véritable empire industriel et financier. En 150 ans, les frères Lehman ont fondé une dynastie, chaque génération faisant mieux que la précédente pour diversifier les activités et multiplier les dollars. Au gré des pages et des vers libres, c’est l’histoire de l’Amérique de l’immigration à la crise mondiale de 2008 qui se dessine. Mais c’est avant tout dans un style unique et ambitieux que Massini nous raconte avec intelligence et humour l’histoire du capitalisme, du petit commerce honnête aux subprimes prédateurs. Pourtant, point de jugement valeur ou de parti pris, il se borne à raconter, grâce à l’aide de la fiction l’histoire de ses frères, pères, fils, oncles et neveux. Toutefois, les impacts des décisions d’affaires qui ont été prises ou les fondements de la finance sont bien réels, eux, et nous apprenons à les comprendre avec fascination.

 

Car ce roman, je l’ai vu comme celui de l’addiction, celle des frères Lehman certes, mais surtout la nôtre. L’addiction à l’argent, à la consommation. En avoir toujours plus. En vouloir toujours plus. Les frères Lehman avaient compris que pour s’enrichir, il faut savoir anticiper, ce qu’ils ont fait jusqu’à l’aube du XXIe siècle, où les banques n’ont pas su voir ou prévoir la débâcle. Et comme tout ce qui monte redescend, Lehman Brothers n’a pas été sauvée par le gouvernement, et a servi de bouc-émissaire parfait pour cette confiance et cette fascination aveugles que nous avons eues collectivement envers un système qui a pourvu à nos besoins matériels immédiats mais qui, rétrospectivement, nous a sans doute appauvris.

 

Roman plusieurs fois primé dans les catégories fiction et essai en Italie et à l’international, ce livre unique en son genre est une œuvre incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des États-Unis et se révèle être l’un de mes gros coups de cœur des dernières années.

 

Chapeau, Stefano!

 

 

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