Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L)

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En voilà un roman foisonnant et vivant! Pour le coup, on a sorti toute l’argenterie et on a cassé toutes les assiettes de Mamie !

Arcadie, c’est un roman un peu chaotique, drôle, rebelle, lucide, qui raconte la vie dans ce que beaucoup considèreront comme une secte. C’est vrai que ça en a tout l’air : des gens un peu illuminés, surtout paumés, qui partent vivre en communauté en zone blanche et dont la tête est un bonhomme d’une cinquantaine d’année qui veut répandre l’amour dans le monde. Ouf… J’ai eu la même réaction sceptique au début. Et puis, il faut bien admettre que ça fait du bien de sortir de toutes ces histoires d’inceste, de drogue, de troubles psychiatriques, d’enfances plus ou moins malmenées et qui ont beaucoup trop fait l’objet de premiers romans…

 

Pour une fois, on est dans de la fiction. De la vraie (ou du moins, je l’espère pour l’auteure) ! Farah entre dans cette communauté hors du commun à l’âge de six ans puisqu’elle accompagne ses parents, complètement désarmés par la vie en société. Dans sa communauté protégée, elle découvre les joies de l’enfance, de l’ennui, de l’encyclopédie, de la nature, du temps qui s’étire au rythme des saisons et des heures. Elle partage son quotidien avec une trentaine d’hurluberlus, souvent âgés, qui aiment se balader à poil, faire du yoga, et pratiquer l’amour libre. Sauf que Farah est loin d’être comme ses congénères, qu’elle considère comme une famille élargie gentille mais complètement cinglée. À l’adolescence, Farah est sûre d’une chose : son amour pour Arcady, le chef spirituel de la communauté. Peu importe l’âge, seul l’amour compte et elle rêve de devenir femme pour s’adonner elle aussi aux joies du sexe. Mais voilà, Farah se transforme progressivement en homme et à 16 ans, elle est à la fois homme et femme.

 

Là, vous devez vous dire que ça en fait beaucoup pour un roman. Et encore, je ne vous ai pas raconté les rebondissements avec le migrant et sa copine lesbienne! Car Farah quittera sa communauté pour aller découvrir le vaste monde. Ce livre tragi-comique dépeint les questionnements qui nous assaillent à la fin de l’enfance et de l’adolescence. Avec le style effronté d’une adolescente en plein bouleversement, la narratrice nous fait replonger dans notre propre enfance et ses merveilles, propres à chacun, tout en nous interrogeant avec finesse sur ce qui composent l’identité mais aussi l’amour. La normalité est-elle une finalité ? Avec ce roman décoiffant, Emmanuelle Bayamack-Tam livre nos angoisses en pâture et nous rappelle que l’amour de soi et des autres peut prendre bien des formes si on accepte de se laisser surprendre par ce que la vie a de meilleur à nous offrir.

2 Comments

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  1. Six chroniques d’un coup! Il est déchaîné le Castor!

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