Borealium Tremens de Mathieu Villeneuve (La Peuplade)

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Il y a des soirées comme ça où on regarde l’agenda des dernières semaines et celui des prochaines et on est un peu découragée. Le travail, encore le travail, trop de travail, des livres, trop de livres, des amis qu’on a envie de voir ou à qui on a envie de parler, de la fatigue, trop de fatigue, de l’amour qu’on a envie de partager, des moments qu’on a envie de passer avec les gens qu’on aime, du sport à faire (parce qu’il le faut bien selon les gens qui vous veulent du bien), des émissions qu’on a envie d’écouter ou des articles accrocheurs qu’on a envie de lire pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit… Le temps, cette denrée rare, trop rare dans notre société malade de son abondance, de sa quête de performance et de sens, de ses nouveaux rituels pour la plupart axés sur la réussite individuelle… Peu d’entre nous y échappent. D’où viendra notre salut (si tant est qu’il existe)? That’s the one million dollar question, babe.

Pourquoi cette introduction un peu étrange ? Sans doute l’état d’esprit qui m’habite ce soir en écoutant la chanteuse Jeanne Added dans mon (habituel) sofa gris, où je constate que les chroniques non écrites s’accumulent. Le tourbillon de la rentrée emporte tout sur son passage: club de lecture, lectures imposées pour respecter certains engagements pris. Lire, le plus possible, le plus vite possible. C’est la surchauffe. Je fais partie des milliers de lecteurs participant auFestival du premier roman de Chambéry pour lequel je dois livre 20 livres, 10 québécois, 10 français. Je vous livre ce soir la première chronique du premier livre que j’ai lu de la sélection québécoise, Borealium Tremens, un titre absolument fabuleux! Et comme je l’ai acheté l’an passé mais que je n’avais pas pris le temps de le lire, je me suis plongée dans ce roman du terroir avec gourmandise. La transition est belle car le roman touche indirectement ces questions du temps qui passe, de la vie qui nous échappe, et de l’esprit qui part parfois à la dérive…

Mathieu Villeneuve, 25 ans et des poussières, signe son premier opus (le mot est choisi car il y une grande musicalité dans l’écriture), édité par une maison dont je ne cesse de vous parler et qui n’a pas froid aux yeux, La Peuplade (et oui encore elle! mais cette fois, je suis exonérée de toute apparence de conflit d’intérêt)…

Le topo est assez simple : David Gagnon, la vingtaine, hérite de la maison de grand-père, Auguste Seurin, dite La Maison Brûlée, située à Saint-Christophe de la Traverse dans la région québécoise du Saguenay-Lac-Saint-Jean (que je n’ai toujours pas visitée malgré mes 11 années passées dans la Belle Province). David Gagnon est un peu (beaucoup) paumé. Il revient du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest où il avait fui après une histoire d’amour ratée avec la belle Lianah et où l’alcool et les drogues furent ses compagnes de voyage. De retour dans la mère patrie, il décide d’aller rencontrer le notaire et ami du défunt pour prendre connaissance du testament. Celui-ci lui raconte l’histoire de cette famille maudite par la destinée et lui souhaite bonne chance… David Gagnon prend ainsi  possession de cette bicoque qui a survécu de peine et de misère aux intempéries. Son frère et sa blonde, la même Lianah, embarquent dans l’aventure et ils décident de devenir les colons du XXIe siècle. Celle-ci prendra l’eau assez rapidement, merci (sans mauvais jeu de mots) ; la folie gagnant le rejeton de cette lignée damnée…

Dans une langue imagée et poétique, Mathieu Villeneuve livre un premier roman très ambitieux et plutôt réussi. Certaines imperfections dans le fil narratif sont à noter et le lecteur peine parfois à s’y retrouver dans ce foisonnement d’impressions, d’éléments de langage et de contexte, qui peuvent appraître difficiles à cerner pour un lecteur non averti, mais il reste que pour un premier roman, j’ai tout de même été bluffée. Fait à noter, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de récit comportant des éléments fantastiques, similaires à ceux figurant dans la nouvelle de Maupassant, Le Horla (vieux, vieux souvenir)…

Ai-je aimé le livre ? Je suis partagée. N’étant pas une adepte des romans dits « de région», le livre ne m’a pas séduite pour cet aspect. Au demeurant, je salue l’exercice car Mathieu Villeneuve œuvre magistralement au cours de ces 347 pages à nous transmettre l’histoire de cette région, en faisant la part belle à l’impact de Déluge du Saguenay (avis aux non-Québécois, regardez Wikipédia) et au développement difficile voire anarchique de la région, à travers l’histoire des Gagnon et des Bouchard. La tension et le suspense marquent les dernières pages et on n’est pas mécontents de dire au revoir à toute cette désolation.

En résumé, un début de saison sur les chapeaux de roue et un début très prometteur pour ce jeune auteur….

 

★★★

One Comment

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  1. Merci de partager tes coups de cœur. Bonne saison de lecture!

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