Machine de guerre, un reportage de Michael Hastings (Éditions du sous-sol)  

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Ce livre m’a fait de l’œil pendant les dernières vacances de Noël en France. Tout d’abord, le titre m’a fait sourire, car une collègue m’appelait comme cela dans un précédent emploi. Ensuite, j’étais curieuse d’en apprendre davantage sur la guerre menée depuis 2001 en Afghanistan par les troupes de l’OTAN. Que voulez-vous, j’ai fait mes études en relations internationales et je continue de lire les actualités internationales sur une base quotidienne, et lorsque l’énergie le permet, de poursuivre les lectures dans le domaine des sciences sociales… Difficile de se défaire des habitudes acquises de longue date. Enfin, la couverture annonçait un reportage et était publié aux Éditions du sous-sol, une excellente maison dont le catalogue regorge de belles découvertes, avec des belles mises en pages, étoffé et riche en contenu. Si vous ne la connaissez pas déjà, je vous invite à aller consulter son site Internet.

Un jeune reporter aguerri

En haut de mes multiples piles depuis plusieurs mois, j’ai décidé de m’y attaquer il y a deux semaines. Le livre est épais et nécessite d’avoir du temps devant soi pour se plonger dedans. Mais quel plaisir de lecture et quelle joie de sortir des sentiers habituels du roman et de l’auto-fiction ! Pour replacer un peu les choses en contexte, l’auteur, Michael Hastings, était un journaliste ayant fait ses armes à Newsweek et ensuite Rolling Stone. Je dis « étais » car il est décédé à l’âge de 33 ans dans un accident de voiture. Jeune reporter, il a couvert la guerre d’Irak pour Newsweek, où sa petite amie perdit la vie dans un attentat. Rentré aux États-Unis, il prit le temps de publier un livre pour se remettre de cette tragédie et suivit ensuite la campagne d’Hillary Clinton en 2008, avant qu’elle ne soit battue aux primaires. En 2009, Rolling Stone, une publication prestigieuse aux États-Unis, lui demanda de faire un portrait du général Stanley McChrystal. Son reportage fit l’effet d’une bombe et McChrystal dut remettre sa démission. Publié en 2012, ce livre retrace l’histoire de ce reportage, et ses conséquences.

« House of cards » en Afghanistan

Le livre se concentre sur la guerre en Afghanistan, période 2009-2011. Hastings nous brosse un portrait fort détaillé du général McChrystal ; sa personnalité, son parcours, la stratégie de contre-insurrection qu’il a mise en place en Irak mais surtout en Afghanistan. Au fil des pages, on fait la connaissance de son entourage, avec tant de détails qui nous donnent parfois l’impression d’être avec eux. Il faut dire qu’Hastings a eu un accès privilégié au général et à ses proches. Sans complaisance, il brosse un portrait extrêmement complet et rigoureux des jeux de pouvoir entre l’armée, la Maison Blanche, le Secrétariat d’État, l’ambassade américaine à Kaboul, le gouvernement afghan et les troupes sur place. Il ressort de tout ça une impression de lire « House of Cards en Afghanistan », avec un sentiment de gâchis, de manipulation et de désastre. Tant d’argent gaspillé dans une stratégie absolument contre-productive axée sur la contre-insurrection, une stratégie qui n’a pas fait ses preuves pendant les guerres d’Algérie et du Vietnam. Les néo-conservateurs et l’armée américaine ont tenté d’influencer Obama et Biden pour envoyer toujours plus de troupes, de dépenser toujours plus d’argent pour construire une nation afghane, contre l’assentiment des premiers concernés. Le tout dans un contexte de corruption généralisée et de guerres d’egos masculins aux plus hauts niveaux de l’État. Les faits relatés sont implacables et l’analyse de cette guerre perdue d’avance est tout à fait saisissante. Et la guerre reste une guerre. Pouvant apparaître de prime abord comme romantique aux yeux qui ne la vivent pas, une guerre est avant tout une entreprise de destruction,  qui fait avant tout un grand nombre de morts et de blessés, militaires et civils, et qui génère un ressentiment et une haine difficiles à maîtriser. Sans être antimilitariste, le reportage jette une lumière crue sur ce qu’est une guerre du XXIe siècle, technologie à l’appui.

Du grand journalisme

D’un style alerte et très agréable à lire, il est difficile de laisser de côté ce livre, même si les nombreux détails et acronymes exigent régulièrement de revenir en arrière. Le reportage n’a pas été écrit de façon chronologique, ce qui nous incite à revenir sur nos pas. Sans doute pour mieux saisir l’ampleur de la désolation ressentie. En somme, j’ai adoré ce livre, dantesque certes, mais ô combien captivant pour ses témoignages de première main de plusieurs acteurs importants de cette guerre et ce travail de journalisme d’investigation de haute volée. Dommage qu’Hastings n’ait pas eu le temps d’avoir le Pulitzer pour cette œuvre d’intérêt public. Parce que le journalisme, ça devrait toujours être ça.

 

Passionnant !

 

★★★★★

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