La Chaise numéro 14 de Fabienne Juhel (Babel)

 

Juhel

Je me rends compte que ces dernières semaines passées en France, je n’ai lu que des livres québécois ! À l’exception de celui-ci trouvé à la librairie du Renard de Paimpol, coup de cœur du libraire local et qui en prime, se déroule à Saint-Brieuc. Je ne souffre pourtant pas du mal du pays d’adoption mais il faut croire que le Québec est toujours avec moi, tout autant que la France lorsque je suis au Québec…

 

L’histoire est celle de Maria Salaün, une jeune femme accusée d’avoir eu une histoire d’amour avec un officier allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle sera alors tondue sur la place publique, sort que connaîtront des milliers de femmes. Victimes d’opprobre, elles seront couvertes de honte et mises au ban de la société. Les femmes seront condamnées avec rapidité, inversement proportionnelle à la lenteur déployée pour dénoncer les folies du Troisième Reich et la complaisance du régime de Vichy.

 

Après cette tonte humiliante, Maria cherchera à recouvrer sa dignité et demandera réparation à ceux qui l’ont offensée. Elle choisit de garder sur elle la robe de mousseline blanche qu’elle portait le jour fatidique, celle-là même que sa mère portait lors de ses fiançailles avant son décès. Elle se promènera ainsi en robe, tête rasée, avec la chaise numéro 14 (le type de chaise bistrot sur laquelle elle était assise lorsqu’elle a été tondue), lui servant de bouclier. Elle dresse ainsi une liste de sept personnes à aller voir pour exiger des excuses. Dans sa quête de dignité, elle croisera des personnes avec qui elle liera d’amitié et qui lui permettront de faire la paix avec elle-même et les autres.

 

Avec ce livre, Fabienne Juhel explore pleinement les facettes du pardon, mais également celles de la culpabilité et de la rédemption. Sur un thème relativement peu exploré en littérature, elle dépeint dans une langue fluide et élégante le portrait d’une France meurtrie par six années de guerre et tiraillée par des sentiments contradictoires : fierté envers ceux qui ont fait partie de la Résistance et lâcheté pour la soumission envers les adversaires réels ou imaginaires. Une France où le passé a vite laissé place au présent, signe de temps et de cheveux nouveaux…

 

Un livre à lire en regardant les mouettes voler au-dessus baie de Saint-Brieuc, en contemplant Erquy au loin…

 

★★★1/2

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