Je voudrais qu’on m’efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette (Hurtubise)

JeVoudraisquOnMefface_Barbeau-Lavalette
Crédits: Hurtubise

 

Une femme singulière et inspirante

Celui ou celle qui ne connaît pas Anaïs Barbeau-Lavalette a de la chance. Ce sera l’occasion de la découvrir. Lauréate du Prix des libraires 2015 pour La femme qui fuit (Marchand de feuilles), un grand succès en librairie, Anaïs Barbeau-Lavalette a une histoire singulière, qu’elle raconte fort bien dans ce livre. Mais ce livre, Je voudrais qu’on m’efface, raconte l’histoire de trois adolescents d’Hochelaga-Maisonneuve, et indirectement celle de leurs parents. L’autrice et réalisatrice est une femme qui s’investit corps et âme dans chacun de ses projets, une femme de cœur engagée, qui croit en l’humanité. Toujours, tout le temps. Je n’en dis pas plus pour que vous vous fassiez vous-même votre propre idée.

 

Hochelaga-Maisonneuve : un quartier qui change

Hochelaga-Maisonneuve. Pour ceux qui ne connaissent pas le Québec, ni Montréal, c’est un quartier ouvrier. Comme beaucoup de quartiers ouvriers, il a été marqué par la désindustrialisation des dernières décennies, ce qui a entraîné une pauvreté importante. Depuis quelques années, le quartier change et s’embourgeoise. Pour le meilleur et pour le pire. C’est encore un quartier abordable pour acheter un appartement et où il existe une certaine mixité sociale, mais certains ne supportent pas les nouveaux arrivants et les commerces qui accompagnent cette hausse du niveau de vie. Pourtant, certaines rues, ou coins de rue restent marqués par une grande pauvreté. Logements insalubres, crack, prostitution de rue, ardoises laissées chez le dépanneur ou dans les bars, magasins à un dollar et pawnshops sont bien visibles tous les jours. Je peux en témoigner car j’habite ce quartier depuis 5 ans. J’ai mis longtemps à m’y faire, indignée quotidiennement par la misère et la violence sociale. Et puis, il faut croire que je m’y suis habituée, tout en voyant le quartier changer sous mes yeux. J’ai aussi compris qu’il y avait plus que ça, et maintenant, je m’arrête régulièrement pour discuter avec plusieurs habitants, m’inquiétant quand je ne croise pas certaines personnes aux heures habituelles. J’aimerais m’impliquer davantage mais je ne sais pas comment m’y prendre, à quelles portes cogner, et j’ai parfois peur de ne pas pouvoir m’engager comme je le souhaiterais ou tout simplement de ne pas être à la hauteur de l’engagement pris.

 

Responsables mais pas coupables ?

Roxane, Mélissa, Kévin, ce sont trois adolescents, trois voisins d’immeuble malmenés par la vie, qui n’ont pas la chance que la plupart d’entre nous tenons pour acquise. Roxane se réfugie dans son monde lorsque ses deux parents sont saouls. Elle découvrira le violon, un rayon de soleil chaud dans l’interminable hiver québécois. Mélissa doit s’occuper de ses deux frères, après que leur mère eut préféré l’héroïne au foyer familial. Kévin voit son père sombrer après avoir perdu son emploi et son honneur. L’histoire de ces trois jeunes est décrite dans leurs mots, sans apitoiements. La vie peut être dure, faut-il le rappeler ? Elle nous fait voir qu’il est possible de tomber bien bas, et d’entraîner les proches avec soi. Elle nous montre que la pauvreté existe bel et bien, même si elle est  souvent peu visible dans les médias. La pauvreté choque, mais n’indigne plus. Certains finissent même par croire que les gens sont responsables de tous leurs malheurs, après le lavage de cerveau constant que nous subissons depuis quarante ans, nous rabâchant l’idée que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, artisans de nos vies et maîtres de nos choix. C’est une belle illusion, à laquelle j’aimerais croire mais à laquelle j’ai renoncé depuis quelque temps déjà.

 

Le pire et le meilleur de l’humanité

Avec ce livre, Barbeau-Lavalette nous fait voir l’envers du décor. Elle nous renvoie à nos propres faiblesses en nous faisant découvrir l’environnement de ces trois jeunes qui n’ont pas demandé à vivre dans la saleté des hommes et des foyers. Elle nous dépeint aussi quelques moments suspendus, où le temps s’arrête et l’espoir renaît. La vie peut être belle aussi, faut-il le rappeler ?

 

Un livre touchant dédié à tous les petits battants d’Hochelaga-Maisonneuve.

 

★★★★

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :