La réceptionniste du New Yorker de Janet Groth (Éditions du sous-sol)

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La dernière chronique?

J’ai hésité avant de retourner à mon clavier. Non pas que l’envie de partager les découvertes littéraires m’ait passé. Toutefois, après avoir assisté à la 10e rencontre interprofessionnelle du livre le 27 mars dernier, je dois avouer que je me suis demandé si tout cela servait à quelque chose. Organisée par l’Association des libraires du Québec, cette journée de conférences était consacrée aux nouveaux modes de consommation du livre. Les conférences étaient passionnantes pour la novice que je suis dans le milieu (j’avais même pris congé de mon travail pour y aller !), et si le courage m’en dit, j’en ferais peut-être un compte-rendu car c’était réellement intéressant d’entendre parler de l’industrie du livre allemande mais surtout des nouveaux influenceurs et prescripteurs. La dernière conférence fut consacrée à l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers du livre. Bref, j’écris cette chronique mais je me demande sincèrement s’il ne serait pas préférable de me lancer dans la prise de photos frénétique de livres, postées sur Instagram, ou encore de déballer mes achats en librairie sur Youtube. Je ne dis même  pas ça pour me moquer d’ailleurs car je crois que peu importe qui nous sommes, professionnels, blogueurs de première génération (enfin sur le tard dans mon cas), booktubers, instagrammeurs, ou tout simplement petits et grands lecteurs etc., nous avons tous en commun d’aimer profondément l’objet-livre ainsi que les histoires et les auteurs qui s’y dévoilent.

 

« It’s oh so quiet, sh sh... » (Björk)

Cela m’amène à vous présenter la lecture de la fin de semaine. Il y en a eu d’autres entre Nos richesses et La réceptionniste du New Yorker, mais ce soir je voulais un peu de légèreté et de couleur rose dans cette journée maussade du 3 avril alors j’ai estimé que la chronique de de ce livre tombait à point. Lorsque j’ai entendu parler de la sortie de ce livre, j’étais vraiment très excitée. Sous mes airs sérieux dans 99 % du temps, j’ai un petit côté 1 % superficiel et effervescent. Oui, oui ! Vous imaginez bien qu’un livre de potins littéraires, ça ne pouvait qu’attiser le farfadet rieur en moi.

 

Un récit d’apprentissage, et non de potinages littéraires

Qui est Janet Groth ? La réceptionniste du New Yorker, au 17e étage, de 1957 à 1978. Pendant toutes ces années, elle a préparé en parallèle un doctorat et est ensuite devenue professeure dans plusieurs établissements universitaires. Mais comme son titre l’indique, l’ouvrage est avant tout un récit sur la femme, et non le célèbre magazine. Groth ne s’attache pas tant à relater quelques personnages ou épisodes marquants de cette publication prestigieuse que les personnes qui l’ont marquée, elle. Et c’est là la qualité de cet ouvrage, qui nous fait découvrir des facettes de la personnalité de plusieurs auteurs ou illustrateurs que nous n’aurions jamais pu connaître autrement. Toutefois, pour les personnes (comme moi à l’origine) qui pensent découvrir les coulisses du magazine, et bien ils seront déçus. Le livre est davantage une autobiographie de Janet Groth qu’un livre sur le New Yorker. Elle y décrit son enfance, son adolescence, ses débuts à New York, ses amours, ses longs voyages en Grèce, en Italie ou en Angleterre. Au fil des souvenirs, elle évoque aussi les relations interraciales, les inégalités hommes-femmes, les rapports de séduction, les épisodes de maladies mentales de plusieurs écrivains.

Un récit entre Mad Men et Melody Nelson

À travers ce récit, une impression de Mad Men et de la Melody Nelson de Gainsbourg s’en dégage. Celle d’un monde sans doute plus dur mais aussi où tout était possible, où le rêve existait encore. Qui débarquerait aujourd’hui dans les bureaux d’une institution en disant « Je veux travailler ici mais je ne sais pas taper à la machine » ? Le travail de réceptionniste et les conditions d’emploi n’avaient pas l’air trop brutaux non plus… Cette femme a traversé le siècle avec beaucoup de légèreté, telle une bulle de champagne. Elle porte sur sa vie un regard d’une franchise déconcertante. Pour être honnête, je me suis fait la réflexion qu’elle était un peu « perruche » jusqu’aux deux tiers du livre en parlant des hommes qui n’étaient pas insensibles à ses charmes, ses émois ou ses tentatives de briller en société. Pourtant, elle n’hésite pas à faire part de ses qualités mais reconnaît également ses défauts ou ses erreurs de jugement, souvent liés à sa jeunesse. Et puis, au fil des pages, elle finit (heureusement!) par gagner en maturité et j’en aurais même pris 50 pages de plus (sur le New Yorker). Enfin, je dois avouer que je ne connaissais pas ou prou les auteurs mentionnés dans le livre. Gorth a suscité chez moi l’intérêt de me pencher sur Muriel Spark, Joe Mitchell (aussi publié aux Éditions du sous-sol – une très belle maison d’édition) ou d’avoir accès à un cours de Berryman. J’aurais aimé toutefois plus de personnages, plus de perspective, et plus de contenu sur son expérience au New Yorker, puisque cela reste quand même le « teaser » du livre ! En le refermant, j’ai eu un pincement au cœur à l’idée que cette époque, que cette atmosphère, que cette effervescence, n’existaient plus. Les souvenirs de sa vie deviennent alors évanescents comme les pensées qui traversent notre esprit lorsque nos yeux se posent sur les mots…

★★★1/2

À offrir à votre meilleure amie!

2 Comments

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  1. je comprends ce découragement….la prise de photo frénétique de ses livres sur instagram, ou le commentaire consensuel de l’entre-soi, ..c’est vrai que ça marche bien.
    Le selfie, comme tout bon produit, se décline à foison.

    Merci pour votre chronique, et pour celles à venir
    Je vous souhaite plein d’allant,

    franck

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour! Je vous remercie Franck pour ce gentil commentaire et vos encouragements à poursuivre les chroniques.
      J’avoue qu’à presque 34 ans, je me sens un peu dépassée par toutes ces plateformes… Au demeurant, je reste convaincue que le contenu finira toujours par primer.
      Au plaisir de poursuivre les échanges! Gaëlle

      J'aime

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