Homo sapienne de Niviaq Korneliussen (La Peuplade)

HomoSapienne

La Peuplade : une histoire d’amour

Je le dis sans détour : je reçois pas leurs livres, ni n’ai d’intérêts financiers (ou autres) dans la maison d’édition québécoise La Peuplade mais il est vrai j’aime beaucoup, beaucoup les livres que le couple d’éditeurs choisit depuis dix ans avec un grand soin pour faire découvrir des nouveaux auteurs à des milliers de lecteurs. Dans chaque livre édité, dont les couvertures somptueuses sont devenues la marque de fabrique, on sent la passion inaltérée de ces passeurs de littérature. C’est pourquoi je suis très heureuse de savoir qu’ils partent à l’assaut du marché français et je leur souhaite de tout cœur le succès qu’ils méritent. Pourquoi une telle promotion me dites-vous ? Parce qu’ils prennent le risque de publier des livres qui sortent de l’ordinaire, toujours touchants et empreints de beauté. C’est le cas de Homo sapienne qui, grâce à son originalité et une campagne de communication savamment orchestrée, a fait beaucoup de bruit dans les cercles littéraires québécois et a permis à La Peuplade de s’imposer un peu plus comme une référence incontournable dans le milieu de l’édition.

Une drôle de bibitte

Venons-en aux faits. Mal à l’aise avec cette couverture, je me demandais ce que pouvait bien receler ce livre. Les critiques parlaient d’un livre « coup de poing ». Instinctivement, chaque lecteur se fait une petite idée sur le livre qu’il s’apprête à lire. Je m’attendais donc à un petit diamant brut, d’autant plus que ce livre est le premier roman de cette jeune auteure groenlandaise. Le Groenland ajoutait un peu plus au mystère car je ne crois pas me tromper en affirmant que très peu de gens connaissent le Groenland, du moins ce qu’il est réellement et je m’inclus dans le lot. J’entame donc le livre sur ma tablette, après l’avoir téléchargé via le site de la BAnQ. (Je réitère que lire sur écran est une expérience fort peu agréable pour moi, qui vénère autant l’objet-livre que les mots qu’il contient.) J’entame la préface, et Dieu sait que je déteste les préfaces. On se sent obligé de la lire par peur de manquer une clé de compréhension de l’ouvrage, tout en n’y comprenant car on n’a justement pas lu le bouquin, et en plus l’auteur de celle-ci nous gâche déjà un peu le plaisir de la découverte. Je n’ai rien contre les postfaces en revanche. Bref, je la lis et me lance à la rencontre de ces cinq personnages.

Un livre hors normes

Le livre est divisé en cinq chapitres, chacun faisant référence à une expression ou un mot qui identifie un personnage. Au fil des pages, nous découvrirons un fragment de la vie de Fia, Inuk, Arnaq, Ivik et Sara. Ces cinq-là sont liés et évoluent en cercles concentriques. La sage Fia réalise qu’elle est lesbienne en rencontrant Sara ; Inuk le frère de Fia en veut terriblement à Arnaq, la colocataire de Fia ; Ivik est la compagne de Sara qui s’éloigne progressivement de cet homme né dans un corps de femme… À peine sortis de l’adolescence, ces cinq jeunes doivent apprendre à composer avec leur identité et leur sexualité, pas toujours assumées. Les émotions sont à fleur de peau et les questionnements nombreux. L’amour, la colère, la joie, le désespoir, la honte flirtent avec la vengeance, l’émancipation, la liberté, le désir, l’urgence de vivre. Le récit se décline de plusieurs façons et dans différentes langues : expressions groenlandaises et anglaises ponctuent les réflexions des personnages, dans un langage évocateur. Textos, correspondances, journal intime, dialogues et réflexions personnelles donnent une forme particulière à cette lecture, qui donne l’impression de côtoyer au plus près ces personnages. Pour un premier roman, c’est époustouflant. Bien sûr, on pourrait trouver à y redire ici et là, sur quelques détails mais ce livre est un véritable tour de force. L’auteure y a mis ses tripes, et nous fait entrevoir ce qu’être gay au Groenland peut vouloir signifier, dans un territoire éloigné, jeune, avec une petite population qui a longtemps été colonisée. Si les émotions sont universelles, les contextes ne le sont pas et Korneliussen arrive avec brio à nous emmener hors de notre zone de confort.

Après ce premier roman bourré de talent et très largement apprécié (y compris des gens de mon entourage qui l’avaient lu), réservons un accueil chaleureux à cette nouvelle auteure qui saura, sans l’ombre d’un doute, prendre la place qui lui revient sous nos latitudes.

★★★★

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :