Chanson douce de Leïla Slimani (Gallimard)

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Dimanche dernier, ce fut après-midi lecture avec le Goncourt 2016. Chanson douce est le deuxième roman de Leïla Slimani, écrivaine franco-marocaine, après un premier roman remarqué et salué par la critique sur l’addiction sexuelle féminine, Dans le jardin de l’ogre, déjà publié chez Gallimard. Du haut de ses 36 ans, Slimani a le vent dans les voiles puisqu’elle a publié un essai sur les violences sexuelles au Maroc l’automne dernier et a été récemment nommée par le président Macron représentante pour la francophonie au sein de l’organisation éponyme. Mère de deux jeunes enfants, elle doit avoir un horaire bien chargé !

Un roman en toile d’araignée

Chanson douce n’est pas un roman policier puisque le crime est annoncé dès les premières pages. La mère apprend que ses deux enfants ont été tués par la gardienne, Louise. L’intérêt du livre ne réside donc pas dans la recherche de l’assassin. Non, ce drame psychologique relève davantage de la toile d’araignée. Au fil des pages, Slimani dresse un portrait nuancé des principaux personnages, Myriam la mère, et Louise la gardienne, mais également des personnages corollaires comme le père, ou encore les deux personnes qui connaissent Louise. Myriam est une jeune trentenaire qui a abandonné sa carrière d’avocate pour se réaliser dans sa vie de mère. Toutefois, à la naissance du deuxième, elle n’en peut plus de rester à la maison. Le hasard la fait retrouver Pascal, un ancien ami de promo, qui a son propre cabinet et l’engage. Son mari se laisse convaincre et ils partent à la recherche de la gardienne parfaite qu’ils pensent embaucher en la personne de Louise. Celle-ci a une longue feuille de route, de bonnes références, une grande fille… et un trouble psychiatrique mais cela, on l’apprendra petit à petit.

Petit à petit, la folie fait son nid…

Les mois passent, Louise est devenue indispensable. Les enfants adorent Louise, Myriam adore travailler, Louise adore être cette femme parfaite, présente à chaque instant. Le couple ne peut plus s’en passer, y compris pendant les vacances, les amis les envient…  Mais voilà que plusieurs petits incidents se mettent à émailler le quotidien parfaitement huilé. Une fois, c’est le père qui voit sa fille maquillée, une autre c’est Louise qui crie après les enfants… Le malaise s’installe progressivement et une atmosphère anxiogène et oppressante se dégage un peu plus à chaque page, à mesure que Louise bascule dans la folie. Était-il possible d’empêcher ce drame ? Qu’est-ce qui a poussé Louise à commettre l’irréparable ? Comment vivront Myriam et son mari avec les conséquences de ce crime ? Qui vivra avec le poids de la culpabilité ? Est-on, chacun d’entre nous, susceptible de sombrer ?

L’asymétrie des relations de pouvoir

Au-delà des qualités littéraires évidentes de l’écriture obscure et précise de Slimani, j’ai trouvé particulièrement intéressant le portrait impressionniste qu’elle brosse des relations de pouvoir entre chaque protagoniste. Par exemple, la relation entre Myriam et son mari : sa réticence à voir son épouse travailler, l’éloignement qui en découle et la proximité retrouvée lorsque Louise s’avère être une fée du logis exceptionnelle et que les deux peuvent enfin concilier épanouissement au travail et à la maison, en affichant ainsi leur réussite sociale aux yeux de leurs amis. Les relations de pouvoir sont le cœur même de ce livre : relations patrons-employée(s), hommes-femmes, mari et femme, parents-enfants. Il en ressort que ces relations ne peuvent pas être égalitaires, l’un ayant toujours un ascendant sur l’autre. On découvre aussi les petites et grandes humiliations qui en résultent et l’ego meurtri par des années de souffrance, peuvent engendrer des conséquences dramatiques. La relation Myriam-Louise est bien évidemment la trame du livre qui résume bien ces paradoxes des relations que nous entretenons avec les gens qui nous entourent. À plusieurs égards, j’ai repensé au livre de Nathacha Appanah, En attendant demain, publié en 2015 chez Gallimard, dont l’histoire est très similaire à celle de Chanson douce. Dans une autre chronique, je vous parlerai plus longuement de cette romancière dont l’écriture est l’une des plus belles que je connaisse.

 

Un livre réussi qui nous incite à regarder la part d’ombre qui sommeille en chacun.

★★★★

One Comment

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  1. Bon ! Je risque d’aller le quérir, pardi !

    Envoyé de mon iPhone

    Aimé par 1 personne

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