Taqawan d’Éric Plamondon (Le Quartanier)

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Je dois avouer que ce livre était complètement passé sous mon radar… Et puis jeudi 11 janvier, j’apprends que Taqawan figure sur la liste d’un prix littéraire en France. En rentrant chez moi vendredi après avoir vu la fabuleuse exposition dédiée au chanteur et poète Leonard Cohen au Musée d’art contemporain de Montréal, je décide de passer à la Bibliothèque nationale pour chercher Illettré de Cécile Ladjali et écumer le rayon des nouveautés, où je me retrouve par hasard nez-à-nez avec Taqawan, qui aborde la guerre du saumon de la rivière Ristigouche, en 1981, dans une région lointaine et magnifique du Québec appelée la Gaspésie. Fascinée par cette splendide couverture et décidant d’y voir là un signe du destin, je l’emprunte. Samedi soir, minée par la fatigue mais résolue à ne pas me laisser abrutir par un écran, je prends Taqawan et me plonge dedans. J’ai bien fait car j’y ai retrouvé tous les ingrédients d’un bon film : une histoire bien ficelée, des personnages intéressants, un décor féérique, de l’action, de la tension, le tout dans un contexte historique bien expliqué.

La prémisse est la suivante : un autobus scolaire est arrêté par des véhicules des forces de l’ordre avant d’entrer sur la réserve Mi’gmaq de la Restigouche (la rivière s’appelle la Ristigouche). Quatre adolescents prennent la fuite, dont Océane, 15 ans, qui voit les hommes de la communauté se faire violenter par la police lorsqu’elle arrive dans la réserve. Les hommes refusent de céder leurs droits de pêche au saumon, une exigence du gouvernement du Québec qui a compétence pour la réglementation des pêches tandis que les réserves des Premières Nations sont sous l’égide du gouvernement fédéral. Rappelons qu’un an plus tôt, le Québec a dit non à son indépendance dans le cadre du premier référendum organisé. René Lévesque est toujours au pouvoir et les altercations sont nombreuses avec le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau. Alors que les esprits s’échauffent sur la réserve et que les pêcheurs ont été brutalisés lors de leur passage en détention, Yves Leclerc, un garde-forestier décide de remettre sa démission en signe de protestation. La région est divisée sur cette question des droits de pêche et Yves ne supporte pas les commentaires désobligeants émis à l’encontre des Mi’gmaq. Le lendemain, il tombe dans le bois sur la jeune Océane en piteux état. Ne voulant pas dévoiler l’intrigue de cet excellent roman, je m’arrête là. Toutefois, le lecteur fera la connaissance de William, un Mi’gmaq vivant en ermite dans la forêt, de Caroline, une jeune Française partie enseigner pendant un an, et de Pierre Pesant, un anthropologue, dont l’immense savoir sur l’histoire des autochtones égale la lubricité, scandalisé par le traitement réservé à ceux-ci.

À travers un fait divers, l’auteur aborde la violence, le mépris et les préjugés, ancrés depuis plus de dix générations, des Québécois et des Canadiens envers ces peuples aux conceptions fort éloignées des nôtres, victimes de leur hospitalité envers les colons car il est fort à parier qu’ils n’auraient pas survécu aux premiers hivers sans leur aide. Peu à peu, ils ont été décimés par les maladies, les batailles, l’agriculture, la sédentarité et les tentatives de les acculturer de force en les obligeant à parler une autre langue et en leur enlevant leurs enfants pour les mettre dans des pensionnats où les sévices étaient monnaie courante… Plamondon prend parti dans ce livre, tout comme Vuillard, deux hommes qui se mettent du côté des personnes marginalisées. Toutefois, même si le propos est sombre, on retrouve un peu de lumière dans les personnages qui démontrent que l’humanité est en chacun de nous, pour le peu qu’on en fasse le choix. Je me dois mentionner que j’ai été saisie par la fin, à laquelle je ne m’attendais pas ! Je vous mets au défi de lâcher le livre, qui se lit d’une traite. Enfin, intéressée par les questions autochtones depuis la lecture du Voyage au centre du monde de la journaliste Emmanuelle Walter, le livre fut l’occasion de lever le voile sur plusieurs faits historiques dont je ne connaissais pas l’existence.

Un livre engagé mais  réussi !

 

★★★★

One Comment

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  1. Une vraie réussite à mes yeux aussi ! Quelle claque ! Quel coup de cœur ! ❤

    Aimé par 1 personne

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