Imago de Cyril Dion (Actes Sud)

Imago

 

Festival du premier roman de Chambéry : prise 3

Je suis un peu partagée par rapport à ce livre. J’ai d’abord cru que l’auteur était québécois (Dion est un patronyme fort courant ici) et en me renseignant sur lui, j’ai découvert que c’était un disciple de l’écologiste Pierre Rabhi avec qui il a fondé l’association Les colibris, ainsi que le coréalisateur du documentaire Demain, sorti en 2015 pour promouvoir des alternatives aux modes de vie occidentaux. La couverture du livre est magnifique, la quatrième de couverture invitante…

Je suis curieuse en contemplant cet ouvrage particulier dont le titre est expliqué à la page 5 : Imago est le stade final d’un individu dont le développement se déroule en plusieurs phases.

Plongeons dans cette lecture…

Nous sommes tous en quête de… (compléter par ce qui convient à chacun d’entre nous)

Au fil des pages, nous allons suivre l’histoire de quatre protagonistes : Nadr et son demi-frère Khalil nés dans les Territoires palestiniens, Fernando, et la mère de tous ces hommes, Amandine. Dans les Territoires, les deux frères survivent dans un environnement de désolation, de désœuvrement rythmé par les échanges de tirs et de pierres entre des jeunes Palestiniens, qui n’ont plus rien à perdre, et l’armée israélienne. La colère finira par exploser, telle la grenade de trop, poussant Khalil à s’enfuir à Paris pour commettre un attentat-suicide. Nadr se lancera à sa poursuite pour l’empêcher de commettre cette folie destructrice. Pendant ce temps, Fernando le brillant analyste du Fonds monétaire international sera confronté à sa propre histoire en se rendant là-bas, obligé d’affronter la dure réalité de cette région et de son passé. Amandine est le seul personnage qu’on voit finalement assez peu, assaillie par une certaine forme de désespoir, celui d’avoir perdu son fils Nadr qui lui a été arraché à la naissance et sa volonté de fuir du monde des hommes.

Bizarre, bizarre…

Tout comme l’objet-livre, l’histoire m’a laissée perplexe. Je ne peux dire que j’ai aimé mais je ne peux pas dire non plus que je n’ai pas aimé. Je relève certaines incongruités, et  je suis très pointilleuse sur le réalisme et n’aime pas les entre-deux. Dès qu’un élément semble peu plausible, je décroche (cela s’applique bien évidemment aux films et aux séries). Vous vous doutez bien que cela arrive souvent et que malgré mon impatience légendaire, je me fais un point d’honneur à terminer les oeuvres, par respect pour le travail réalisé (et avec le maigre espoir que je vais de nouveau replonger dedans). Dans le livre de Dion, la porosité des frontières m’apparaît surréaliste, surtout dans le contexte actuel. Par ailleurs, le siège du Fonds monétaire international est à Washington, pas à Paris.

Par certains aspects, le livre m’a fait penser à L’orangeraie de Larry Tremblay (éditions Alto) qui s’est penché sur le cas de deux frères dont l’un finira, malgré lui, kamikaze. Cette question est très délicate à aborder, tout comme la situation intenable depuis des décennies dans les Territoires palestiniens, sur laquelle la communauté internationale ferme les yeux. Est-ce possible de retranscrire la vie ou même les sentiments de gens qui n’ont rien et, bien souvent, n’ont jamais rien eu (le Proche-Orient est une région où les jeunes adultes composent la majorité de la population) ? Je ne sais pas. Le décalage est si extrême qu’il devient difficile de concevoir l’inconcevable. Est-il possible de sortir des Territoires comme l’ont fait Khalil et Nadr ? Est-il possible d’être animé d’un tel élan meurtrier (ou pacifiste selon la personne) au point de tout quitter pour essayer autre chose ? Je ne sais pas non plus. Quant à Fernando, symbole des fonctionnaires technocrates qui pensent changer le monde dans leur position, une telle personne peut-elle exister ? Est-il possible d’être si détaché de tout ? J’en doute. Le cas d’Amandine est le moins intéressant ; cette femme qui se cherche et finira ermite, en symbiose avec la nature, ne nous dit pas grand-chose.

Rêver d’un autre monde ?

Je tiens à souligner l’écriture de Cyril Dion, qui aligne les mots dans un style fluide, classique et agréable. On sent un grand lecteur derrière l’auteur, adepte d’une certaine recherche de qualité littéraire, qui fait bien souvent défaut. Cependant, je demeure perplexe sur le livre, qui m’apparaît inachevé, et qui pourtant reste en tête des jours et des semaines après l’avoir lu… Que représente cette fiction : une invitation à un autre monde ? À vous de trancher.

★★1/2

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