Le nénuphar et l’araignée de Claire Legendre (Les Allusifs)

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Je préfère le dire d’entrée de jeu. Je ne mettrai pas de « note » à ce livre consacré à l’angoisse. Pourquoi ? Parce que l’auteure se livre avec beaucoup d’honnêteté, sans complaisance, avec un bon trait d’humour pour agrémenter le tout. Ce livre est bien trop personnel pour faire l’objet d’une évaluation formelle (ce que ne visent pas mes chroniques par ailleurs – les étoiles étant davantage des repères à moi-même que des injonctions à la lecture). Évidemment, tout le monde peut être angoissé à l’occasion, que ce soit à la veille d’un examen, d’un rendez-vous important etc. Nous vivons tous par moments ce sentiment de ne pas être en contrôle de notre vie.

Mais la véritable angoisse, appelons-la l’anxiété, ce n’est pas ça. C’est un mode de vie, dont on se départ très difficilement, si cela est possible. L’angoisse nous étreint continuellement, bien souvent sans que nous nous en rendions compte. Notre entourage nous le rappelle pourtant : « arrête de t’en faire ! », « cesse de voir le mauvais côté des choses », « une chose à la fois ! »… Bien sûr, cela renforce le sentiment d’inadéquation au monde qui nous entoure. Il est vrai que l’anxieux n’est pas un être facile de côtoyer : toujours dans l’anticipation, à poser des questions, à se demander si ses propos n’ont pas blessé, et j’en passe. On est loin de la sinécure… Il faut sans cesse rassurer car l’angoissé remet tout en question, tout le temps. Mais cela n’est jamais suffisant bien sûr et à moins d’avoir un entourage très bienveillant, on fait bien souvent le vide autour de soi. La solitude est d’ailleurs bien souvent une source de réconfort que d’angoisse et la lecture, une distraction tout à fait salutaire (au moins dans mon cas, tout comme la marche, la méditation et une bonne soirée entre amis).

 

Vous l’aurez compris, lorsque Jonathan le super libraire m’a mis ce livre dans les mains en me disant « tu vas aimer », j’appréhendais un peu. Je n’étais pas certaine d’avoir envie de voir mon reflet dans les yeux d’une autre. Au moins, il n’y avait pas d’araignée sur la couverture (c’est tout récent que je peux « regarder » une araignée dans un livre, bien que je suspecte l’équipe éditoriale du magazine Science & Vie de connaître ma phobie puisque des photos de mygales figurent régulièrement dans les pages Actualités me faisant à chaque fois pousser un hurlement en jetant la revue à l’autre bout de la pièce (qui finit systématiquement au recyclage pour haute trahison à ma fidélité de 20 ans).

 

Je m’égare… Il se trouve que cette écrivaine est sans doute un tout petit peu plus âgée que moi, est d’origine française et a vécu à Prague, désormais installée à Montréal, après une relation de 10 ans. J’ai apparemment une jumelle cosmique d’angoisse.

Le livre est découpé en de nombreux petits chapitres, à mi-chemin entre réflexions et anecdotes personnelles. Je le répète, avec humour, elle se remémore le pacte de suicide passé avec sa meilleure amie à l’adolescence et le soulagement de l’angoisse lorsqu’elle a atteint l’âge canonique de 27 ans ! Elle évoque également l’hypocondrie, les anxiolytiques, la maladie (réelle cette fois), la peur de la mort, la fausse amie nicotine, et j’en passe…

 

Je reproduis toutefois intégralement la dernière page (oups, je n’ai pas demandé la permission) car c’est la plus belle, la plus juste et la plus émouvante :

« Je tente de clore cet inventaire, je me demande ce qui m’a poussée à en accepter le pacte. À l’instant de la fin je tremble encore : l’écriture n’est pas un exutoire. Ou si elle l’est, ne résout rien. J’ai peur de déplaire et cela me rend lâche. J’ai peur de mourir avant d’en avoir admis l’idée. J’ai peur de vivre en vain. J’ai peur de ne plus jamais être aimée. J’ai peur de ne pas vraiment vivre. J’ai peur que ma mère vieillisse et qu’elle meure. J’ai peur qu’elle ne meure jamais et m’oblige à lui briser le cœur en lâchant avant elle. J’ai peur d’avoir pensé à cet homme en vain. J’ai peur que personne ne caresse plus mes cheveux. J’ai peur qu’on m’oublie, j’ai peur qu’on me remplace. J’ai peur de ne plus jamais voir les visages que j’ai chéris si fort. J’ai peur d’oublier jusqu’à leurs traits. J’ai peur de ce que tu vas dire de ce livre. J’ai peur de l’étiquette que tu vas coller sur mon front. J’ai peur de ton déni, de ton mépris, de ta condescendance. J’ai peur de disparaître sous un mot ou deux. J’ai peur de t’avoir donné des armes contre moi. »

 

Cela fait du bien de se sentir moins seul(e), non ?

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