Ô nuit, Ô mes yeux de Lamia Ziadé (P.O.L.)

o nuit, o mes yeux

Direction le Proche-Orient !

Cette fois, je vous emmène au Moyen-Orient pour revivre l’âge d’or des arts au XXe siècle, au Caire et à Beyrouth…

Je suis tombée sur cette brique lors d’une pérégrination littéraire (autrement dit lors d’un passage hebdomadaire dans une librairie) et j’ai trouvé la couverture magnifique. Curieuse, je commence à feuilleter et j’ai été subjuguée par ces planches colorées à l’aquarelle, aux traits des personnages volontairement imprécis ainsi que cette typographie et cette écriture si délicates, le tout formant un concentré de culture et d’histoire moyen-orientale passionnant.

Il est vrai que ce roman graphique avait tout pour me plaire : un vif intérêt pour le Moyen-Orient depuis plus de dix ans, mon goût pour l’Histoire en suivant la trajectoire de plusieurs individus-clés dans leur domaine, l’aquarelle (qui est la peinture qui m’émeut à tout coup)… N’en ajoutez plus les amis, je suis (déjà) conquise !

Forger la culture  arabe populaire

Je ne connaissais pas Lamia Ziadé, une illustratrice et artiste française née au Liban qui a fui la première guerre civile. Celle-ci a commencé sa carrière chez Jean-Paul Gaultier mais a élargi ses horizons en travaillant dans le cinéma, la pub, la mode, et a exposé ses œuvres dans plusieurs galeries. En se penchant sur l’histoire, entre autres, de Oum Khaltoum, Farid El Atrache, Asmahan, Mohamed Qasagbi, Fayrouz, Samia Gamal, Abdelwahab, Badia Massabni, le colonel Nasser, Ziadé nous fait revivre une époque, entre les années 1920 et les années 1970, où les arts ont été florissants. Elle dépeint la vie (parfois extraordinaire !) de ces artistes, chanteurs, acteurs, danseuses, musiciens, qui ont fait du Caire et de Beyrouth des phares de la culture populaire arabe et qui ont su créer un sentiment d’arabité, dont Nasser s’est fait le chantre lors de la nationalisation du canal de Suez. La culture a occupé un rôle central et a permis à des femmes de s’émanciper des conventions pour vivre de leur talent. À titre d’exemple, la chanteuse Oum Khaltoum, pourtant très religieuse, ne s’est mariée que très tardivement et était presque considérée comme la Première dame d’Égypte. Tous ces personnages, hauts en couleurs, nous donnent un aperçu de ce tourbillon artistique qui a commencé à décliner avec l’ascension des pétromonarchies… Ces planches retracent une époque, qui a eu une influence importante sur plusieurs générations. Il convient de saluer le travail titanesque de recherche que cet ouvrage a dû représenter. Toutefois, Ziadé n’hésite pas à parfois évoquer plusieurs souvenirs d’enfance comme la disparition de la villa d’Asmahan ou la fois où Fayrouz est entrée dans la boutique de son grand-père, tel un clin d’œil sur la fragilité de nos cultures et de nos vies…

Un ouvrage absolument remarquable

Ce livre est tout simplement un bijou de lecture, coloré et musical, puisque nul ne saura résister à l’envie d’aller écouter ces airs à la mode. Voyage dans le temps et dépaysement  garantis… à lire tranquillement et en plusieurs fois pour savourer chaque moment de lecture. Sans être la suite de l’ouvrage, Ziadé a publié en 2017 Ma très grande mélancolie arabe, qui trône déjà au pied de mon sofa… Un fabuleux cadeau à offrir à autrui ou à soi-même !

Exceptionnel !

★★★★★

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