Marx et la poupée de Maryam Madjidi (Le Nouvel Attila)

LNA_MADJIDI

Le club de lecture

Je ne sais plus si je vous ai dit que je faisais partie d’un club de lecture, composé d’une dizaine de personnes formidables, avec qui je peux partager de merveilleuses heures de discussion autour de notre passion commune. Nos lectures sont l’objet d’une sélection rigoureuse puisque nous donnons notre avis, tous dûment compilés par nos formidables libraires Éric et Jonathan, sur dix livres québécois et dix livres français retenus dans la sélection du Festival du Premier Roman de Chambéry. Voilà pourquoi j’ai partagé avec vous mes impressions sur quelques romans québécois (je n’ai pas lu la sélection intégrale puisque j’ai joint le club en octobre) et que je m’apprête à renouveler l’expérience avec des livres d’auteurs français.

Marx et la poupée est le premier livre de cette sélection, et a remporté le Goncourt du Premier roman en 2017. Lors de la dernière rencontre du club, plusieurs membres l’avaient lu et ne l’avaient pas aimé, à l’exception d’Alix qui en a parlé avec tant de poésie que j’étais impatiente de m’y plonger, et ce pour plusieurs raisons.

Le choc des cultures

Tout d’abord, l’auteure a une trentaine d’année. Elle a vécu dans plusieurs pays, en Chine, en Turquie, et en France, qui est devenue sa terre d’adoption. Non sans mal d’ailleurs. Avec ce livre, elle retrace avec humour, pudeur et poésie son enfance, de Téhéran à Paris et d’impact de cet héritage sur ses propres choix de vie.

Ses parents étaient des militants communistes dont la sécurité n’était plus assurée après l’avènement de la République islamique. Madjidi évoque plusieurs souvenirs, celui de devoir donner tous ses jouets, le jour où sa mère a failli être prise dans une rafle… Dans le confort de nos vies actuelles, l’on oublie trop souvent que la paix et la démocratie ne peuvent être tenues pour acquises et que certains se battent encore pour leurs idées. La voilà à cinq ans déracinée, et envoyée en France avec sa mère pour rejoindre le père qui a déjà immigré comme réfugié politique. On suit ses premiers pas à l’école de la République, la découverte de nouveaux aliments, d’une nouvelle langue… Le choc est brutal. L’adaptation à ce nouveau pays n’est pas facile. Pour elle mais aussi pour ses parents, dont la mère s’éteint progressivement, ou encore le souvenir de la grand-mère adorée qui s’estompe cruellement… Même adulte, l’identité demeure trouble. Iranienne pour les Français, Française pour les Iraniens mais comment être les deux à la fois ? Quand on est immigrant, l’identité peut-elle être heureuse ? Peut-on être d’ici et d’ailleurs sereinement ? Si l’identité est à la fois unique et multiple, elle ne peut se construire sans les autres, c’est pourquoi le regard de la société est si important dans cette quête de réconciliation avec soi. Cette quête est longue, souvent ardue, et prend bien souvent la forme de voyages et de chemins empruntés…

Des souvenirs impressionnistes

À travers ce roman impressionniste, où les souvenirs sont comme des petites touches de peintures, Madjadi livre ses pensées, ses joies, ses peines, ses combats intérieurs, ses regrets aussi, notamment celui de n’avoir pas appris le perse comme son père le souhaitait. Il y a aussi beaucoup d’anecdotes très drôles, comme l’utilisation de la poésie perse en tant qu’arme de séduction massive sur les hommes ou l’exubérance de son amie Shirin. Elle décrit l’Iran d’hier et d’aujourd’hui, loin de tout fantasme orientaliste. Ce livre est structuré autour de ce qu’elle appelle ses trois naissances et c’est sans doute pour cela qu’elle utilise beaucoup l’expression que l’on entend si souvent enfant « Il était une fois », vestige d’une enfance qui ne fait plus qu’un tout avec sa vie d’adulte, plus apaisée.

Pour conclure, ce livre m’a émue, et a résonné en moi, tout comme Le cimetière des abeilles  il y a quelques mois. Certes, le thème de l’immigration m’est très cher. Mais au-delà de cette identité réconciliée, j’aime cette humilité, cette écriture et ces personnes qui se laissent découvrir, qui se dévoilent au gré des souvenirs décrits, seules traces d’un passé fantasmé ou qui a réellement existé. Cela me plaît car c’est précisément cela qui donne de la profondeur à ce que nous sommes ; l’ensemble de ces petits mais très nombreux moments qui influent sur notre trajectoire de vie, mais qui, tout simplement, nous définissent.

★★★★

PS: je ne suis pas la seule à avoir aimé ce livre si fie à la très belle critique du Devoir

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