LAËTITIA d’Ivan Jablonka (Points)

Laëtitia

Le titre exact de ce livre est Laëtitia ou la fin des hommes. La petite histoire dans la grande histoire. L’histoire d’un « fait divers » replacé dans son contexte global.

C’est avant tout un livre sur la dignité. Dignité de Laëtitia, dignité de Jessica, sa sœur jumelle. Rendre sa dignité à une jeune fille frappée par les circonstances de la vie, mais pas n’importe lesquelles.

C’est une histoire bouleversante, qui tire les larmes à plusieurs reprises.

Cette histoire, c’est celle de Laëtita Perrais, violemment assassinée dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011. Une histoire, malheureusement réelle, qui a fait les manchettes plus de 6 semaine consécutives en France. L’horreur dans l’horreur.

L’auteur, Ivan Jablonka, est à la fois écrivain et historien qui fait appel aux techniques des sciences sociales pour développer son propos, c’est assez rare pour le souligner. Pour ce livre, il va s’atteler à reconstituer l’histoire de la jeune fille, ce qu’elle est, ce qu’elle a vécu, par le prisme de ses témoignages, de ses amitiés, de ses désirs. C’est l’histoire d’une jeune fille dans une France périurbaine dont on parle peu ou jamais, marquée par un enfance et une adolescence tragiques, dont les voies de sortie sont quasi nulles. Pourtant, cette jeune femme fait preuve d’une certaine résilience et d’une volonté sans faille de s’extraire de ce cercle de la violence. Je passe les détails car je crois qu’avant de faire référence à Émile Zola, il est préférable de lire l’ouvrage, extrêmement bien documenté et accessible par le biais de courts chapitres. Il va aussi relater l’histoire du tueur, mais aussi de l’ensemble des acteurs, des environnements et des contextes qui composent ce portrait complexe.

Ce livre, c’est aussi l’histoire de la police, du service social, de la justice. L’histoire de systèmes

Laëtitia croise le chemin de Tony Meilhon, un homme extrêmement violent, au très lourd passif, dont les destins vont se lier pour le pire.

Ce livre, c’est l’histoire de la police, des services sociaux, de la justice. Dans leurs défaillances mais surtout leurs grandeurs. Cette histoire nous rappelle dans quelle démocratie nous vivons, avec des institutions imparfaites certes, mais dont le travail des gens qui y contribuent nous échappent très souvent, à tort.

Ce livre, c’est un livre de nuances, qui nous rappelle que la réalité est loin, très loin d’être noire ou blanche… C’est un livre d’une grande humanité avant tout, qui m’a tirée des larmes à plusieurs reprises de la par la grandeur ou la petitesse des protagonistes des personnes incriminées, selon leur histoire et leur contexte. Celle qui nous rappelle qu’être un homme (dans tous les sens du terme) est quelque chose qui s’acquiert. Bien malheureux celui qui se permettra de juger.

Un Prix Médicis amplement mérité…  Mais une lecture essentielle dont on ne sort pas indemne.

Ivan Jablonka était de passage à Montréal la semaine dernière. Pour écouter son entrevue à Plus on est de fous, on lit...

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