LE CIMETIÈRE DES ABEILLES d’Alina Dumitrescu (Triptyque)

 

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En passant à la Librairie du Square, j’ai fait la rencontre du propriétaire qui m’a parlée d’un club de lecture qu’il animait. Celui-ci lit les ouvrages québécois sélectionnés pour le Festival du premier roman de Chambéry. Ayant demandé à faire partie du groupe, il m’a proposée de choisir l’un des livres en vue de la prochaine rencontre. J’ai donc lu aujourd’hui Le cimetière des abeilles d’Alina Dumitrescu, une auteure roumaine vivant au Québec depuis près d’une trentaine d’années.

Tout d’abord, c’est un bel ouvrage d’environ 200 pages à la couverture au charme suranné, avec un magnifique titre qui se démarque par une belle typographie.

C’est un livre qui relate des fragments de vie, celle d’avant en Roumanie et celle de son arrivée au Québec. La Roumanie, pays qu’on ne connait pas ou si peu. Pays associé à Ceaucescu, présent en filigrane dans ses pages où la délation est de rigueur. Pourtant, ce qui marque, c’est avant tout les souvenirs d’une petite fille aux plaisirs simples, où la joie se manifeste dans de petits détails de la vie quotidienne, où l’amour fraternel se délie au fil des ans. L’affiliation aux Jeunesses communistes est là mais ne revêt aucune signification particulière. C’est un pays pauvre, où la frugalité est quotidienne mais ces souvenirs sont empreints de nostalgie si propre l’enfance et à la jeunesse. Le français est la langue qui fait rêver, celle d’un monde meilleur, porte d’entrée à un « avenir radieux » pour son enfant. Les pages consacrées aux objets mis dans les deux valises laissent place à l’émotion et à la réflexion à ce qui constitue l’essentiel, propres à chacun d’entre nous. L’auteure dévoile également son arrivée au Québec où la neige et les aliments sont abondants. Pourtant, cette langue française lui fait désormais défaut, elle la comprend mal, la parle mal, source de frustrations et de maux de tête. La pauvreté vécue à Montréal est bien plus difficilement vécue que celle en Roumanie. À travers les lignes, Alina Dumitrescu relate la petite mort vécue par chaque immigrant, le décalage constant, le réapprentissage d’une langue, de nouvelles coutumes et l’abandon de son pays sans avoir la garantie de faire un jour partie d’un autre…

Une lecture emplie de tristesse mais également de poésie, qui rappelle la délicatesse des choses de la vie auxquelles on ne prête pas attention.

Un beau livre à découvrir et à mettre dans les mains de ceux qui n’ont pas vécu l’immigration, aussi choisie soit-elle.

One Comment

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  1. Cher Castor littéraire, je suis honorée par votre lecture! Et quelle écriture: limpide,structurée, efficace!
    Merci!

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