LE PARI QUÉBÉCOIS de Serge Cabana (Québec Amérique)

LePariQC

Pour ceux ou celles qui connaissent la personne derrière le Castor, ils savent que je suis très préoccupée par le manque de vision politique, l’absence de réels débats et plus largement les directions dans lesquelles nos dirigeants et qui auront un impact bien concret sur notre avenir et celui des générations subséquentes… Je m’emporte souvent lors de discussions, plus frustrée par mon propre sentiment d’impuissance que par les regards un peu embarrassés ou ennuyés de mes interlocuteurs. Je suis allée regarder du côté de la politique puisque je reste convaincue que le changement commence par là mais mon expérience a été un fiasco total pour plusieurs raisons qui ne font pas l’objet de ce texte… Lorsque je suis tombée sur ce livre, Le pari québécois avec pour sous-titre « Heureux mais sans projet… Le Québec peut-il rêver mieux ? », j’ai tout de suite été interpelée, bien heureuse de constater que je n’étais pas la seule à me poser ces questions existentielles (qui ont franchement l’air d’emmerder les gens).

Chose rare, je l’ai commencé quelques heures après l’achat (jeudi 5 octobre) et terminé hier en étant encore plus triste qu’avant de l’avoir commencé…

Je tiens à signaler que j’étais intriguée qu’un citoyen, communicateur de profession, se lance dans un tel projet. Je salue cette démarche audacieuse. Habituellement, ce sont plutôt les intellectuels qui s’y collent (chronique de Bienvenue au pays de la vie ordinaire de Mathieu Bélisle à venir – lorsque je l’aurai lu !). Toutefois, si

le débat citoyen n’appartient pas aux intellectuels, encore faut-il avoir une thèse, des arguments et des faits solides pour étayer le raisonnement…

Le livre est divisé en trois parties : le malaise, le défi, le pari. Jusque-là, tout va bien.

Je m’attaque au malaise, qui selon l’auteur relève de la transition de la société pré-moderne à post-moderne dans laquelle le Québec a évolué en moins de 50 ans. La Révolution tranquille, la contre-culture, la révolution numérique et la mondialisation ont bouleversé la vie des Québécois. Bien d’accord avec lui mais il me semble que les 3 derniers éléments peuvent s’appliquer aux sociétés occidentales dans leur ensemble. Après, tout dérape et ça n’ira franchement pas en s’améliorant. Il cite 7 freins au développement de la société québécoise : « les stigmates du colonisé, l’obsession indépendantiste, la dépendance à l’État-providence, la rectitude politique, le repli individualiste, le dogme de l’égalitarisme et le rejet du spirituel ». Je ne m’attarderai pas à décrire chacun d’entre eux car on est davantage dans le registre de la chronique que de l’analyse, chroniqueurs qu’il pourfend pourtant à plusieurs reprises. Il apporte quelques exemples tirés de l’actualité très récente, sans mise en contexte et parfois complètement hors de propos. Son point de vue sur le printemps érable, la mise en place d’un ticket modérateur ou la rectitude politique ne déplairaient pas à Richard Martineau, chroniqueur de droite au Journal de Montréal. Jusque-là, je partage avec lui le même malaise, quelques observations communes mais je déplore l’éparpillement de cette pensée bien trop parcellaire et la profondeur d’analyse nécessairement requise lorsque de tels constats sont affirmés avec tant de vigueur. J’ai terminé cette première partie, qui fait tout de même plus de la moitié de l’ouvrage, avec une réelle déception, en me disant qu’il serait difficile de rattraper le coup dans les deuxième et troisième parties.

La partie sur le défi : du gros n’importe quoi. Auparavant, il y avait un peu de structure, là c’est le free for all de l’opinion. À cet égard, le livre qui porte le titre d’essai serait à revoir… Tout y passe : « la régression tranquille » (la langue et l’éducation – le TDAH, le décrochage scolaire, le printemps érable…), « la fin du pacte social », « le grand accommodement raisonnable ». Ouf, c’est lourd. Je suis d’accord sur quelques points mais le propos manque grossièrement de nuances, à tel point que cela le dessert et que j’ai fini par ne plus trouver le tout crédible…

La fin, je l’ai le très rapidement. L’auteur nous incite à la simplicité volontaire à tous les niveaux, à dépasser le clivage gauche-droite, à croire en l’effet papillon (les petits changements de quelques individus peuvent avoir un impact sur l’ensemble de la société), le tout se terminant dans un grand référendum social. Je caricature à peine.

Je retiens deux choses de cette lecture vraiment pénible : la qualité de la pensée est directement reliée à sa complexité. Essayer de comprendre quelque chose de complexe, c’est difficile. Il faut bien choisir ses mots, nuancer sa réflexion. Cet exercice ardu ne peut se faire qu’avec un bon niveau d’instruction, une argumentation solide et une certaine vision d’ensemble. Et non, ce n’est pas facile de dépasser le stade de l’opinion !

Enfin, pour changer les choses, il faut une certaine volonté. L’envie d’écouter, de comprendre et de discuter. En sommes-nous là au Québec ? Pour ma part, je n’en ai pas l’impression mais je ne demande qu’à être convaincue du contraire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :