L’ordre du jour d’Éric Vuillard (Actes Sud)

Consternation.

Stupéfaction.

Interrogations.

Le livre s’ouvre sur la rencontre de vingt-quatre hommes le 20 février 1933. Vingt-quatre industriels allemands dont les noms et la fortune existent encore aujourd’hui. À l’issue de cette rencontre avec le président du Parlement, Hermann Göring et le chancelier Adolf Hitler, ils vont donner de l’argent. Du financement politique qui est monnaie courante à l’époque. Les finances du parti national-socialiste sont exsangues. 15 jours plus tard, les des dernières élections législatives libres, le 5 mars, Adolf Hitler est chancelier, et prononcera quelques jours plus tard la mort de la démocratie allemande. Les nazis s’installent confortablement au pouvoir et la terreur s’insinue. S’ensuivent les persécutions des Juifs, la Nuit des Longs Couteaux, la Nuit de Cristal et autres événements funestes d’un avenir encore plus sombre. L’auteur nous ramène en 1937 où Lord Halifax, rencontra Hitler et le prit pour un laquais… Devenu Secrétaire du Foreign Office, il fut l’un des promoteurs de la politique d’apaisement dans le gouvernement de Chamberlain, lui-même logeur de Ribbentrop, l’ancien ministre des Affaires étrangères du régime nazi… Ribbentrop, beau parleur, fut l’un des caciques du régime mais s’assura de lui donner un semblant de vernis à l’étranger. S’ensuit ensuite la description de la prise de l’Autriche, bien moins glorieuse qu’elle ne fut racontée et montrée par les images du propagandiste en chef, Josef Goebbels. Schuschnigg, le chancelier autrichien de l’époque, un petit dictateur autoritaire, laissa Hitler s’emparer de l’Autriche, malgré quelques objections faiblardes. Hitler, qui avait exigé de mettre en place l’un de ses hommes forts à la tête, Seyss-Inquart, ne supporta pas la résistance du président Miklas qui ne dura que quelques heures, et qui donna son accord à l’invasion de l’Autriche devant les scènes de violence qui s’emparèrent du pays sous la violence des nazis déjà bien en place. La voie était libre. Hitler fit une entrée soi-disant triomphale en Autriche, son pays natal, alors que les chars d’assaut étaient bloqués par des pannes incessantes et des machines de guerre bien peu adaptées à celle-ci. L’Histoire retiendra en mémoire les images de Goebbels mais se tut sur la vague de suicides, qui fut passée sous silence. Une chape de plomb tombe sur le pays, dans sa grande majorité complice de par son silence. Puis la Tchécoslovaquie tombe sous le joug nazi. Le 29 septembre 1938, Daladier, président du Conseil français et Chamberlain, premier ministre britannique, Mussolini et Hitler se rencontrent pour signer le Traité de Munich. Une rencontre sous les auspices de la paix en Europe. Pourtant, personne n’est dupe. Les services secrets et quelques rares journaux font état de l’existence de Dachau, des persécutions envers les Juifs, les Tsiganes, les dissidents politiques et les homosexuels. Mais à quelques rares exceptions, le monde se tait. Personne ne relate la vague de suicides en Autriche au lendemain de l’Anschluss, des hommes et des femmes qui ne pouvaient plus concevoir dans un monde où la liberté avait disparu, l’égalité s’était évanouie et la fraternité envolée.

Vuillard clôt ce livre, court, dense mais riche en détails peu connus de tous, en rendant hommage aux victimes de cette machine de la mort effroyable. Les morts des persécutions, les suicidés, les morts qui ont enrichi les grands industriels qui font la fierté du modèle allemand pris en exemple aujourd’hui… Ce livre relate surtout des petites et grandes lâchetés de chacun d’entre nous, de la faiblesse, la soif du pouvoir, le mépris, et leur pendant le manque de vision, de recul et de hauteur. La culpabilité n’est certes pas héréditaire mais il est de notre devoir de tirer les leçons de l’Histoire, qui malheureusement ne cesse de se répéter. Faut-il rappeler que les dirigeants ont des responsabilités ? Faut-il rappeler que nos actes ont des conséquences ? Malheureusement oui.

9 Comments

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  1. Très bonne idée que ce blogue. Premier partage intéressant. 👏📕

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  2. Je viens de finir ce livre et franchement j’ai eu du mal à m’y accrocher, même si il est court. Je trouve qu’il utilise 50,000 mots quand 3 auraient suffit et le ton assez hautain. J’ai quand même bien aimé le sujet donc je voudrais essayer un autre de ses livres, t’en a lu d’autres ? Si oui, tu me recommanderais lequel?

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    • Tu n’es pas la première à me faire part de ta déception quant à ce livre, notamment en ce qui a trait au parti pris de l’auteur. J’ai été un peu déstabilisée au début et puis je m’y suis fait. Pour ma part, tout l’intérêt du livre réside dans le fait que l’Histoire est bien souvent racontée de façon un peu grandiloquente alors qu’elle est constituée de millions de gestes émanant d’être humains complexes et nuancés, qui peuvent être à la fois bons, méchants, lâches ou héroïques. Et puis, connaissant bien cette période, j’ai apprécié découvrir les faits évoqués.
      Pour les recommandations, je ne connais pas d’autres livres qui ont traité directement du sujet mais je crois que La part de l’autre (une fiction historique) d’Éric-Emmanuel Schmitt disponible en format poche pourrait te plaire. Pour un portrait de la France occupée, Suite française d’Irène Némirovsky est incontournable. Un livre très bien écrit qui lève le voile sur cette période sombre de la France. Dernière suggestion, un livre que je considère comme un chef d’oeuvre et qui figure parmi les 10 meilleurs livres que j’ai lus, Les Bienveillantes de Jonathan Littell. Il a remporté le Goncourt en 2006, fait près de 1200 pages, est très dur (les exactions sont décrites avec précision), où l’antihéros traverse la guerre avec une froideur déconcertante. C’est loin d’être léger mais impossible de rester indifférent. Si je pense à d’autres livres, je te fais signe!

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      • Désolé j’avais pas vu la réponse 🙂 je vais regarder les autres livres. J’ai aimé le sujet de celui ci, c’est juste la façon d’écrire que j’ai vraiment pas aimé.
        Je viens de finir « En attendant Bojangles » (ça faisait un baille que j’avais pas pleuré autant en lisant un livre!), le prochain sur ma liste est celui d’Alexandre Jardin que tu as noté !

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      • « En attendant Bojangles » est dans ma pile! Je te conseille d’éviter le Jardin, assez peu intéressant. L’essentiel du propos est dans la chronique. Je suis à la moitié « D’après une histoire vraie » de Delphine de Vigan: impossible à lâcher! Une grande puissance psychologique dans un genre de thriller qui a remporté de nombreux prix!

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      • Ca ce lit super rapidement « En attendant Bojangles », je l’ai lu en une soiree. Je note « D’apres une histoire vraie »!

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  3. Au fait, j’avais vu que tu avais noté un livre sur la Bretagne, c’était lequel déjà ?

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